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LES MEDECINES TRADITIONNELLES ET HUMANITAIRES EN AMERIQUE LATINE

Samedi, 29 Mars 2003, par Bernadette Poisson info@mapn.org


Bernadette Poisson, médecin généraliste de formation, se trouve actuellement au Bangladesh, dans un village de jungle sans électricité ni moyen de communication. Là, elle poursuit son projet débuté en 1996 : la création de petits centres de soins au cœur des populations rurales, où les praticiens locaux exercent selon leurs pratiques et avec leurs produits médicinaux. Guatemala, Colombie, ou Inde, les projets humanitaires qu’elle mène visent toujours à impliquer les populations autochtones en réduisant leurs dépendances vis-à-vis de l’aide occidentale.

« Il faut que tu témoignes de ce que tu as vu ! Il faut que tu parles de notre pays ». Ce sont ses amis colombiens qui lui ont suggéré de prendre la plume : ils sentent leur pays pris en otage des pouvoirs mafieux, et se sentent bannis au regard des autres nations. Elle leur devait d'exposer la générosité et la ferveur militante, des acteurs de tout un réseau associatif populaire, combatifs pour le respect des droits de l'homme, et motivés à générer des réalisations communautaires, au cœur même du malaise de la Colombie actuelle.

« En suivant l'itinéraire spéculatif de Bernadette Poisson, ses investigations, ses rencontres fortuites ou déterminées, nous finissons par avoir des éléments utiles à la compréhension de l'état actuel de ce monde (amérindien) si complexe et si fascinant à la fois. L'enquête objective de l'auteur sert de fil conducteur et de prétexte. Cependant, la tonalité dominante, où tout se résume, concerne la dévotion profonde de ces peuples à la terre nourricière, à la Terre Mère. Par cette dévotion invariable, obstinée, ces peuples rejoignent l'universel, confirment une vérité absolue.

Comment ne pas leur être profondément reconnaissant de ce magistère salvateur, lorsqu'on sait combien le monde contemporain, campé sur ses triomphes technologiques, orgueilleux, jusqu'à l'aveuglement, ne sait pas qu'il va à son implosion ? ». Extrait de la préface de son premier livre « Médecines traditionnelles et humanitaires en Amérique latine » par Pierre Rabhi.

Portrait

Née à Saint-Etienne en 1949, Bernadette Poisson réside actuellement en terre ardéchoise. Pendant 20 ans, elle a exercé la médecine en France en tant que médecin généraliste en secteur rural, et en tant que médecin de protection maternelle et infantile.

Depuis 1996, elle s'investit dans des actions de solidarité en pays du Sud. Un premier voyage au Guatemala, lui fait prendre conscience du vrai potentiel de soins, en santé humanitaire, que représentent les médecines traditionnelles qui utilisent les phytothérapies locales, et les connaissances millénaires des éthnopraticiens (chamanes, guérisseurs, accoucheuses…). Elle visite successivement plusieurs pays d'Amérique du Sud, participant à des projets humanitaires conduits par des petites associations locales, sur la base de ces médecines naturelles, avec l'initiation de jardins médicinaux, la formation d'agents de santé communautaires en herboristerie, la fabrication de remèdes à base de plantes.

Sa route se poursuit en Orient, (années 1999, 2000) avec des séjours en Inde et au Bangladesh notamment, où elle participe à la création de petites antennes de soins, au cœur des populations rurales, en y intégrant les praticiens locaux.

Au Pakistan elle rend visite à un projet santé communautaire, pour des soins à des enfants handicapés, animé par des religieuses de la congrégation Charles de Foucault. Ce projet où elle intervient en participant à des activités de formation, implique la participation active et solidaire des mères de familles, et des habitants du lieu.

Pour chaque endroit visité, les données culturelles, géographiques, humaines, diffèrent ainsi que les préoccupations humanitaires prioritaires. Pour chaque voyage, l'enjeu est celui d'une rencontre :
« Etrangère venue vivre dans un village pour trois ou six mois, et partager la vie d'un projet local, je suis alors celle qui peut se permettre d'être parfois au delà des frontières. Je dois offrir un regard miroir qui valorise les personnes dans leur potentiel vrai et qui ne les considérera jamais comme infirmes ou assistés impuissants, dans des options de développement totalement inventées de l'extérieur, c'est tout à l'intérêt d'un chemin qui se nourrit de la rencontre, chemin qui mène encore vers d'autres rencontres ».

Pour Bernadette Poisson, l'enseignement retiré du voyage, c'est aussi la connaissance d'autres approches de soins, témoignant d'un abord autre de la relation corps-esprit, sous un regard différent de celui de notre société moderne. Bernadette a volontairement abandonné la profession de médecin, en envoyant sa démission à l'Ordre des médecins, en 1997. Elle considère en effet que l'institution médicale actuelle repose souvent sur des valeurs erronées, avec l'occultation des vraies raisons de la maladie, la mythification d'un savoir scientifique universitaire qui préconise le plus souvent la passivité du malade dans les soins.

Une formation en thérapies corporelles l'avait déjà convaincue bien avant ses voyages de la valeur de médecines alternatives holistiques qui considèrent la personne dans sa globalité. La rencontre des guérisseurs et ethnopraticiens des belles civilisations de l'actuel tiers-monde, n'a fait que confirmer ses convictions.

Son message

La politique de mondialisation n’est pas sans effets sur la conception occidentale de la médecine. A grand renfort de publicité, l’industrie pharmaceutique souhaite la généralisation de notre système de soins à tous les pays capables financièrement d’en subir la charge. Le critère de viabilité économique prend le pas sur celui de l’adaptation à des pratiques étrangères et nouvelles. Mais à quoi bon envoyer des médicaments et imposer un système de soins si ceux ci restent inappropriés et créent une dépendance chez les populations locales.

Utiliser les ressources locales, encourager les médecines traditionnelles, voilà les vraies priorités.

Nous vivons dans un monde scientifique technicisé, dans lequel nous avons tendance à croire qu’avant Pasteur, il n’y avait pas de médecine digne de ce nom. Les facultés de médecine ferment obstinément les yeux sur des travaux de recherche, parfois millénaires : ayurdéva, astrologie médicale, médecine de terrain. Cependant, de plus en plus nombreux sont les Européens qui vont en Inde pour se soigner et guérir de maladies considérées incurables, et dans nos contrées nombre de médecins ont su intégrer dans leurs pratiques courantes des techniques orientales comme l’acupuncture ou les moxas.

Les médecines traditionnelles rétablissent la notion primordiale d’équilibre entre l’homme et son environnement. Les tradipraticiens considèrent que notre planète nous a fournis tous les éléments naturels convenant le mieux à notre survie et à notre santé. Reste à puiser dans l’immense diversité des milieux naturels environnants, les ingrédients nécessaires.

Si la médecine moderne procède par identification des symptômes et des maladies qu’elle a savamment répertoriées, les médecines asiatiques, elles, évaluent le potentiel vital de l’individu et recherchent les composantes énergétiques qui vont influer sur son état biologique. Renforcer l’énergie vitale passe par des pratiques physiques et respiratoires : concentration d’énergie, visualisation d’un organe malade dans une lumière blanche, méditation… On cherche alors à développer le pouvoir du mental et des forces spirituelles pour soigner le corps physique. Ces pratiques de soins peuvent consister en de véritables cures d’ascèse ou de jouvence où seront pratiqués massages, exercices corporels et pratiques.

Par exemple, les yogis ont développé des capacités physiques surprenantes par des exercices respiratoires ; dans la tradition yogi, beaucoup de guérisons miraculeuses ont mis à mal la rationalité occidentale.

La médecine occidentale accorde peu d’attention au psychisme et aux événements qui ont déclenché la survenue d’un malaise. Elle est le plus volontiers statique, conseillant souvent au malade de rester au lit. Alors que dans nulle tradition, le sorcier-chamane ne conseillera la passivité, cherchant davantage à utiliser toute la vitalité du patient.

Il est vraisemblable que les médecines traditionnelles pourraient jouer un rôle déterminant dans la résolution des problèmes humanitaires des pays du tiers-monde si, au lieu d’être dénigrées et considérées comme archaïques, elles étaient reconnues pour le potentiel de développement humain qu’elles offrent : connaissance du corps, du psychisme, auto guérison par apprentissage de disciplines corporelles… Face à la mainmise des industries pharmaceutiques et à ses dérives commerciales, replacer l’humain au cœur de la médecine apparaît comme une priorité. Les médecines traditionnelles peuvent participer à cette évolution.

Quelques étapes du voyage relatées dans ses carnets de voyage

  • La fête de la paix des Indigènes mayas au Guatemala (en décembre 1996).
  • Les camps de réfugiés du grand désert, et leur organisation démocratique, chez les Sahraouis.
  • Partage avec des populations paysannes déplacées, dans la Cordillère des Andes en Colombie.
  • Visite de crèches populaires, dans les quartiers pauvres de Bogotà.
  • Création d'un dispensaire de jungle, avec les guérisseurs de peuples tribaux au Bangladesh.
  • Vie rurale dans un petit village du Sud de l'Inde : Gengapuram.

Approche de projets variés

  • Des jardins médicinaux, un conservatoire de médecines traditionnelles, au sein de la cité internationale de yoga d'Auroville en Inde.
  • Une visite chez les sœurs de Mère Teresa, (home de soins à Chittagong, Bangladesh).
  • Visite de l'Institut national de médecine tibétaine, à Dharamsala, en Inde.
  • Visite d’un groupe d'accoucheuses et d'agents de santé dans les tribus Marwaris en désert de Thar (Pakistan).
  • Visite d'un centre de santé de médecine traditionnelle à La Paz en Bolivie, ou à Otavalo en Equateur.
  • Rencontre de chamans amazoniens…

Ses projets et ambitions

A partir de toute la richesse d'expériences croisées auprès des plus déshérités, les livres de Bernadette Poisson sont conçus pour susciter un dialogue.

Elle se propose donc de participer à des rencontres, forums, conférences pour faire partager l'émerveillement de ses rencontres en pays du Sud, et son enthousiasme à recenser toutes ces initiatives joyeuses aux couleurs d'espérance, qui créent le possible. Elle vient porter témoignage de toutes ces parcelles de soleil qui brillent en tout coin de la planète, chez des groupes humains déchus ou oubliés… et ressourcées au sein de sagesses anciennes… et toujours vraies.

OUVRAGES DE BERNADETTE POISSON

  • « Médecines traditionnelles et humanitaires en Amerique latine - Hierba buena, hierba alegre », L’Harmattan (tél. : 01.40.46.79.22), 2002. Elle y relate ses séjours effectués au Guatemala et en Colombie au cours des années 1996 à 1998.
  • « Sages guérisseurs du tiers monde », Ed. du Cosmogone (tél. : 04.72.72.92.51), 2002. Inventaire de projets humanitaires visités par l'auteur au cours des années 1999 à 2002, en Bolivie, en Equateur, au Bangladesh, au Pakistan et en Inde.

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