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URGENCE D'UNE COALITION MONDIALE

Date de l'article : 23/02/06


Cette fois, ce n'est pas une fausse alerte ! La grippe aviaire est là, la psychose aussi ; elle a fait son entrée officielle dans l'Union européenne. Les grands pays réalisent enfin que cette menace d'épizootie est planétaire et redoutent une pandémie humaine.

A tire d'ailes, la grippe aviaire est parvenue sur nos terres, réveillant par sa menace d'ancestrales peurs au coeur du village planétaire. Les épidémiologistes et leurs ordinateurs ont suivi la progression.

L'énoncé du problème pourrait figurer dans un manuel scolaire, à côté du grand classique de la baignoire et du débit du robinet. Sachant qu'une épidémie de grippe d'origine aviaire s'est déclarée à Hongkong, a gagné l'Afrique et l'Europe, en combien de temps le nouveau virus touchera-t-il les Etats-Unis en empruntant les lignes aériennes ? Sur le papier, la question paraît simple. Elle a pourtant mobilisé, deux années durant, des physiciens du CNRS qui ont bâti un modèle mathématique complexe, fondé sur les volumes du trafic mesuré par l'Association internationale du transport aérien.

Le jeu en vaut la chandelle, puisque l'avion risque d'être le principal mode de propagation de la future pandémie sur de longues distances. Au Moyen Age, la peste noire ne disposait que du bateau pour passer d'un continent à l'autre. Apparu en Mongolie, le bacille n'est arrivé en Europe que vingt ans plus tard... Cette fois, le délai ne se chiffre plus en années, mais en jours.

Les ordinateurs ont en effet calculé que les premiers grippés apparaîtront au bout de vingt-quatre jours sur la côte ouest des Etats-Unis et dans la zone des Grands Lacs, les deux régions du pays qui accueillent des vols directs en provenance des pays touchés. Les jeux sont faits, c'est toute l'Amérique qui sera touchée... Les chercheurs peuvent même prévoir la proportion de personnes infectées dans n'importe laquelle des 3100 villes abritant un aéroport important dans le monde. "Nos prédictions paraissent fiables, car le modèle reproduit correctement les dernières épidémies de grippe classique et celle du Sras", affirme Marc Barthélémy, chercheur au CEA.

Une vision d'apocalypse ? Sans doute. Mais ce nouvel outil a justement été créé pour éviter le pire. Une équipe d'épidémiologistes diligentée par l'Inserm, l'utilise déjà pour tester différentes stratégies de lutte contre le virus. Comme dans un jeu vidéo, les scientifiques choisissent de fermer tel aéroport, qui constitue une plaque tournante du trafic. Ou bien ils distribuent , dans des pays ciblés, des médicaments dits viraux. Mais l'enjeu, lui, n'est pas virtuel : il s'agit d'épargner des vies bien réelles. Malheureusement il ne faudra pas compter sur le Tamiflu, encore moins sur le vaccin, qui sera inopérant du fait des mutations du virus.

Peste du troisième millénaire pour les plus alarmistes ou épidémie circonscrite et maîtrisable pour les plus soucieux de dédramatiser, la grippe aviaire, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom, lance en tout cas un monumental défi à la communauté internationale. Qu'il s'agisse d'éradiquer le redoutable virus H5N1, la réussite dépend d'une solidarité sans faille entre les Etats. Et dans la guerre contre la maladie, il faut attaquer le mal à la racine, c'est-à-dire parfois très loin de nos frontières.

Si le virus grippal tant redouté se propage aussi vite, que ce soit par voie aérienne ou par un autre moyen, c'est d'abord parce que l'Occident n'a pas tout fait pour enrayer l'épidémie à la source, en aidant les pays concernés à attaquer à temps la maladie par des mesures et des moyens appropriés. Surtout préoccupés de leurs opinions publiques, les gouvernements des nations les plus nanties se sont trop longtemps cantonnés à des mesures de protection nationales - politique à courte vue s'il en est.

Au-delà d'une hypothétique et difficile sanctuarisation du territoire national, nous savons que la lutte contre l'épidémie se jouera essentiellement dans les pays en développement, où les premiers foyers de contamination interhumaine ont le plus de chances d'apparaître.

Tout fut programmé, chronométré, quantifié sur un mode virtuel. Seule la thérapie pose problème ! Comment colmater ces fléaux qui contaminent la planète ?

Pour cela, il est impératif de disposer de traitements efficaces et en nombre suffisant, ainsi que de moyens pour les acheminer dans ces pays démunis, une stratégie logistique et thérapeutique  de l'épidémie. Ces moyens sont-ils actuellement disponibles ? Quelle organisation est aujourd'hui capable de prendre en charge une telle politique sanitaire mondiale ? L'OMS, qui est davantage une plate-forme de surveillance et d'alerte qu'une structure d'intervention, en est-elle capable ? Dès aujourd'hui et avant que se produise la recombinaison tant redoutée qui rendra le H5N1 contagieux d'humain à humain, il est impératif de combattre le virus animal dans les pays pauvres, là où il a pris naissance.

Un gros point d'interrogation pèse aujourd'hui sur la planète  ! Le "risque zéro" est un mirage


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