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LE TOUT VACCIN

ou la vaccination planétaire Date de l'article : 14/03/06


Ce 27 janvier, à Davos en Suisse, le Forum économique mondial s'accorde une parenthèse. Bill Gates est à la tribune. Il ne parle ni informatique, ni internet. Le puissant fondateur de Microsoft a traversé l'Atlantique pour défendre une seule cause : l'accès aux vaccins dans les pays pauvres.

En 2000, effarés par "l'ampleur du désengagement des Etats" sur le sujet, Bill Gates et sa femme, Melinda, décident d'y investir une partie de leur fortune personnelle, alors estimée à 43 milliards d'euros. Ils créent l'Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (Gavi) et le Fonds mondial pour les vaccins, en partenariat avec la Banque mondiale, l'OMS et l'Unicef.

Progrès de la recherche, mobilisation des moyens : les ventes de vaccins explosent. Sur fond de concurrence acharnée entre les grands laboratoires mondiaux, qui misent gros sur ces produits très porteurs, on parle de marché du siècle.

Il y a des signes qui ne trompent pas. En 2004, Sanofi raflait Aventis et sa prestigieuse filiale de vaccins, Aventis-Pasteur, pour plus de 50 milliards d'euros. Début février, le néerlandais Crucell annonçait l'acquisition d'un autre spécialiste en traitements antiviraux, BernaBiotech. GlaxoSmithKline (GSK), leader mondial du marché, a déboursé, quant à lui, plus de 1,4 milliard en 2005 pour renforcer sa position sur les antigrippaux, rachetant Corixa et ID Biomedical. Enfin, sur le même créneau, le suisse Novartis s'apprête à dépenser plus de 4 milliards d'euros pour prendre le contrôle du laboratoire américain Chiron.

La menace de la grippe aviaire le prouve : les risques d'épidémie, annoncée "urbi et orbi",ne sont pas près de disparaître. Ainsi, face aux virus, bactéries, parasites, la recherche se doit de progresser à pas de géant. Cancer de l'utérus, gastro-entérite, hépatite C, paludisme... contre ces pathologies majeures, des armes existeraient désormais ou seraient en cours de mise au point. Nous reparlerons des dernières avancées de cette révolution vaccinale dont les enjeux sont considérables, sur le plan sanitaire mais aussi économique.

Les vaccins n'ont jamais eu autant la cote. De tous les produits pharmaceutiques, ils sont aujourd'hui les plus dynamiques : leurs ventes progressent chaque année de 14 %, deux fois plus que celles des médicaments traditionnels. Chez Sanofi-Aventis, l'activité a même bondi de 26,9 % en 2005, pour dépasser le seuil des 2 milliards d'euros. Et l'avenir s'annonce encore meilleur. Estimé à 6 milliards d'euros aujourd'hui - à peine 1,5 % des ventes mondiales de produits pharmaceutiques - le marché des vaccins devrait passer la barre des 20 milliards en 2012. Une accélération historique : "les ventes ont doublé en vingt ans et devraient tripler au cours des cinq prochaines années", estime l'Organisation mondiale de la santé.

Toutes les conditions du succès sont réunies. Gagnés par la psychose ou par un élan d'humanisme les gouvernements occidentaux multiplient les aides publiques à la recherche. Aux Etats-Unis, les fabricants de vaccins innovants bénéficient d'un crédit d'impôt exceptionnel. La France et la Grande-Bretagne se sont engagées à taxer les billets d'avion à partir de l'été prochain pour soutenir, notamment, la lutte contre le sida et le paludisme. Quant à l'opinion publique, elle s'impatiente. Chaque nouveau cas de grippe aviaire augmente l'inquiétude générale. Pour les fabricants de vaccins, le timing est parfait.

Mais, cette fois, l'innovation se paiera au prix fort. Terminées les injections bradées à moins de 10 euros sous prétexte de santé publique. "Les vaccins d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec ceux d'hier", insiste Philippe Bouvier, président du Comité vaccins des entreprises du médicament (Leem). Les progrès de la science ont augmenté les coûts de production autant que l'aversion au risque. Contrairement aux médicaments, chaque vaccin a son usine, laquelle requiert en moyenne cinq ans de préparation minutieuse.

Pour les laboratoires, les prix des vaccins doivent être à la mesure de l'investissement. L'ampleur de la demande mondiale et des intérêts nationaux joue en leur faveur. Le rapport de forces a totalement changé affirme le professeur Philippe Bouvier.

Les nouveaux tarifs pratiqués le confirment. En 2000, le laboratoire américain Wyeth lance Prevnar, un vaccin contre la méningite à pneumocoque. Mise à prix : plus de 60 euros la dose. Lancé par Merck au début de février aux Etats-Unis, le Rota Teqi est actuellement le vaccin le plus cher du monde : 158 euros la pièce ; contre la diarrhée aiguë du nourrisson.

Une chose est sûre, les enchères pourraient encore grimper. Selon les analystes, les vaccins de GSK et Merck contre le cancer du col de l'utérus visent un marché de plus de 4 milliards d'euros. Chaque traitement devrait coûter autour de 200 euros par patient.

Par ailleurs, contrairement aux médicaments, "les vaccins n'ont aucun risque d'être copiés", souligne le spécialiste Rodolphe Besserve. Les frais de marketing sont quasi nuls et la marge nette dégagée est élevée - entre 20 et 25 %, comme pour les médicaments. Mieux : "Les coûts de recherche et de production constituent une barrière à l'entrée naturelle", estime Philippe Monteyne, vice-président de GSK Biologicals. Au total, cinq groupes, dont trois géants, se partagent l'essentiel du marché mondial des vaccins. A ce jeu-là, les gagnants remportent gros, mais la partie est serrée. Les joueurs sont professionnels ou restent sur la touche.

Face à ces rouleaux compresseurs, les Huiles Essentielles font pâle figure... Goliath continue à écraser David.

 


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