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LE MYTHE DE FAUST

ou les CLEFS de la LONGEVITE ? ou la mode des CONGRES ANTI-AGE... Date de l'article : 26/03/06

Que ne ferait-on pas pour garder la jeunesse éternelle ? Les rêves d'éternité remontent à la nuit des temps. Faust, on le sait, avait vendu son âme au diable... Mais à défaut d'y accéder, on a, depuis presque aussi longtemps, fait des tentatives pour prolonger la vie.

C'est au Moyen-Âge que ces recherches ont donné leur pleine mesure. Les alchimistes furent en effet nos premiers gérontologues. Si la pierre philosophale était censée transmuter les métaux "vils" en or, elle devait aussi permettre à son détenteur une ultime et bienvenue récompense : la préparation de "l'élixir de longue vie" ! Comme toutes les sciences "traditionnelles" elle compta ses charlatans et ses génies. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'alchimie est aujourd'hui l'objet d'un remarquable regain d'intérêt ; plusieurs physiciens modernes, qui se sont intéressés à la longévité, en parlent volontiers dans leurs écrits.

Le rapport entre puissance sexuelle et longévité fut le point de départ de très nombreuses expériences. D'abondants traités de sexualité taoïste en font déjà mention. Le 1er juillet 1889, dans l'amphithéâtre de l'Institut - où la Société de Biologie tenait sa séance trimestrielle - le Dr Brown-Séquard, exposa à un auditoire médusé comment il avait réussi à réveiller sa sexualité assoupie, en s'injectant un extrait de glandes sexuelles animales.

S'il est de coutume de dire que l'homme tire de la conscience de sa condition mortelle sa supériorité par rapport à l'animal, il semble tout à fait légitime qu'il se préoccupe de retarder au maximum cette échéance. Aujourd'hui les possibilités d'intervention de la médecine seraient immenses.

Dans un premier temps, la médecine a offert à l'humain le luxe de vieillir, c'est-à-dire de l'empêcher de mourir prématurément. Il y a dix ans, le simple fait de poser la question : "Peut-on retarder le vieillissement ?" faisait encore sourire. L'American Academy of Anti Aging Medicine (A4M), créée en 1992 par 12 médecins américains, regroupe aujourd'hui des milliers de médecins scientifiques dans tous les pays occidentaux. Ces "pionniers" sont convaincus que "le vieillissement n'est pas inévitable". Signe des temps, une pratique médicale anti-vieillissement sort du purgatoire et attire maintenant des praticiens de plus en plus jeunes, fringants et ...  avides de faire fortune.

Il n'est pas une semaine sans que ne soient organisés un congrès ou un séminaire aux thèmes évocateurs voire  racoleurs "comment rester jeune" "Bible anti-âge" le secret de la jeunesse éternelle. Il leur sera proposé une litanie de nutriments, de plantes magiques, de gadgets-placebo et d'hormones . La plupart des substances promues au rang d'élixir de jouvence, comme la mélatonine, l'hormone de croissance ou la testostérone, n'ont fait la preuve ni de leur efficacité ni de leur inocuité. L'unique rôle de la mélatonine secrétée par l'épiphyse est de marquer le temps. Reste l'hormone vedette : la DHEA. Tandis que son créateur, le professeur Beaulieu, s'est retiré sur la pointe des pieds, devant les conséquences imprévues générées à long terme. Cette pilule miracle pour les uns, pilule mirage pour les autres, continue à susciter beaucoup d'espoir chez les personnes âgées. On lui prête des bénéfices sur l'état de la peau, des os, de la mémoire et des fonctions cognitives. Le bruit court qu'elle protégerait des affections cardiovasculaires et de la maladie d'Alzheimer.

Alors, a-t-on enfin trouvé la pilule miracle ? La vérité est probablement plus nuancée. Une mise en garde du Conseil national de l'Ordre des médecins a recommandé à ses membres de ne pas en prescrire. Prudence élémentaire ou frilosité, les avis sont partagés...

La DHEA secrétée par les surrénales appartient à la famille des hormones stéroïdes, qui dérivent de la biochimie du cholestérol. L'action biologique de la DHEA reste encore largement inconnue. Alors qu'elle est absente du sang de la plupart des animaux, elle est, chez l'homme, l'hormone stéroïde la plus abondante dans la circulation sanguine. Présente dans le foetus son taux devient négligeable pendant la petite enfance : ce n'est qu'à partir de 7 ans que sa production augmente à nouveau,  pour atteindre un pic entre 20 et 30 ans. Le taux sanguin de DHEA décroît ensuite lentement. Chez les septuagénaires ou les octogénaires, il est parfois réduit de plus de 80 %. Hélas elle ne joue aucun effet au niveau du rajeunissement, mais elle pourrait aider à mieux vieillir. Des études menées chez l'animal - rat, souris et lapin - ont montré que l'administration de DHEA à haute dose pouvait prolonger leur espérance de vie, voire les protéger de certaines affections telles que le cancer. Mais ces animaux ne sont pas de bons modèles, car leur sécrétion de DHEA est négligeable. En outre, l'administration de doses aussi massives n'est pas envisageable chez l'homme.

Les premiers résultats immédiats ont permis un optimisme mesuré. En réalité la "cure de jouvence" n'efface pas les années même si elle atténue certains effets du vieillissement. La bonne nouvelle c'est l'impact du traitement sur la peau. Que ne donnerait-on pas pour échanger une peau parcheminée et tavelée contre un teint de bébé !

Les effets de la DHEA sur la libido sont ceux qui ont été le plus médiatisés, sans doute parce que la revendication d'une sexualité épanouie à l'âge mûr est centrale dans la quête de l'éternelle jeunesse. Certains déclarent que leur intérêt pour les choses de la vie s'est réveillé, que leur capacité à s'émouvoir s'est aiguisée... Autant d'impressions réjouissantes, mais en grande partie subjectives. La plupart des personnes sous placebo ont ressenti les mêmes effets !

 

Rend-elle plus intelligent ? La question n'est pas si incongrue ! La DHEA et son sulfate sont considérés comme des "neurostéroïdes", car on les trouve en concentration importante dans les tissus cérébraux de l'homme

comme de l'animal.

Il a été démontré que la DHEA modifie le fonctionnement de certains neurotransmetteurs, ces substances qui interviennent dans la transmission de l'influx nerveux et sont une des clés de nos fonctions cognitives et de nos comportements. Or, si des études menées chez l'animal semblent confirmer cette hypothèse, les premiers résultats obtenus chez l'homme ne vont pas dans ce sens, peut-être tout simplement parce que l'hormone administrée par voie orale n'atteint pas ses cibles dans le cerveau.

 

Protège-t-elle de certaines maladies ? Se sentir plus jeune, c'est bien, échapper aux multiples pathologies liées au vieillissement, ce serait encore mieux... Les effets protecteurs de la DHEA n'ont pas encore été démontrés, même si au départ, aucune toxicité n'est apparue, la prudence reste de mise car l'organisme commence à réagir sur le long terme. Les premiers cas de cancers dits "hormono-dépendants" (sein, prostate) constituent une sérieuse mise en garde.

Il faut rappeler que la DHEA est considérée comme une hormone de croissance qui stimule les divisions cellulaires mais rappelons que le nombre de divisions de chaque cellule reste limité à 70 dans une vie normale. Quand il n'y a plus de possibilité divisionnelle c'est l'aventure avec le cancer à la clef  !

L'abondante littérature médicale consacrée à la DHEA ne doit pas faire illusion, Medline, banque de données internationale sur la recherche médicale, a déjà enregistré près de 10000 articles, essentiellement américains, sur l'élixir du Pr Beaulieu. Mais aucun ne peut se targuer d'apporter la moindre conclusion, même provisoire. En France, la DHEA n'a montré son intérêt que dans une seule étude dont les conclusions, imprécises, témoignent surtout du sentiment de bien-être des premiers consommateurs. Aux Etats-Unis, pourtant, son statut est clairement établi : la DHEA est un complément alimentaire en vente libre, comme la levure ou les vitamines. Outre-Atlantique, on n'en parle même plus, on en prend. Doit-on imiter les Américains, puisque nos pharmacies désormais en regorgent ? Le bon sens voudrait que non. A moins, peut-être, d'être très âgé. Après dix ans d'usage, l'apparition d'un cancer pourra difficilement être attribuée à la molécule qui fait vieillir en douceur


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